Joe Root s’est une nouvelle fois incliné devant le lbw lors du deuxième Test contre le Pakistan à Lord’s, portant à sept ses éliminations par ce biais depuis le début de l’été. Le capitaine anglais a ainsi atteint ce chiffre après deux nouvelles sorties en deux manches, portant son total à neuf lbw en douze innings disputés depuis le début de l’été.
Un phénomène qui dépasse le simple hasard
Le débat s’est imposé lors de la troisième journée du Test, perturbée par la pluie, où Root a cédé deux fois consécutives sur des lbw après avoir échoué dans ses recours vidéo. Michael Atherton, analyste de Sky Sports Cricket, souligne l’ampleur du phénomène : « C’est fascinant de constater que même un joueur ayant plus de 160 Tests à son actif, avec une moyenne supérieure à 50, l’un des plus grands que l’Angleterre ait produits, continue d’être scruté sur cette tendance qui se développe. »
Selon l’ancien international, l’évolution des techniques de bowling explique en grande partie cette hausse des éliminations par lbw. « Quand nous avons commencé à jouer, beaucoup plus de lanceurs cherchaient à faire dévier la balle et à défier le joueur sur son bord extérieur. On nous enseignait que le cricket Test se jouait autour du guichet ou dans le couloir, et que les meilleurs lanceurs faisaient bouger la balle vers l’extérieur. »
Le wobble seam et la tentation de la ligne droite
Atherton pointe du doigt l’essor du wobble seam, une technique qui permet aux lanceurs de faire dévier la balle avant de la ramener vers le batteur. « Ce que nous avons vu ces dernières années en Angleterre, c’est une augmentation des lancers en wobble seam, visant à faire revenir la balle vers le batteur. Le nombre de lbw et de bowled cet été est élevé, et c’est ainsi que les équipes tentent de profiter de cette faiblesse chez Root. Elles cherchent à exploiter cette faille. »
Nasser Hussain, autre légende du cricket anglais, abonde dans ce sens : « Dès que vous voyez la balle s’éloigner de vous, vous avez naturellement tendance à couvrir le bord extérieur. Root avance son pied avant avec ce pad, car il craint que la balle ne s’échappe. Et c’est là que le wobble seam intervient : la balle revient vers lui après avoir semblé partir ! Vous devez couvrir quatre pouces et un quart pour une balle qui part puis revient. »
Des conditions de jeu qui amplifient le problème
Le terrain de Lord’s, réputé pour son rebond bas, ajoute une dimension supplémentaire à ce dilemme. « Une partie du problème vient aussi du rebond bas, surtout sur ce terrain, qui ramène les guichets et les lbw dans le jeu, explique Hussain. Les lanceurs maintiennent une longueur précise, car ils savent qu’ils toucheront les guichets. »
Root, habituellement réputé pour sa technique linéaire et son jeu droit, se retrouve contraint de s’écarter pour couvrir le bord extérieur, ce qui le rend vulnérable aux lbw. « Si Root se disait : Je vais écarter le lbw de mon jeu et m’ouvrir davantage, il deviendrait alors plus vulnérable au bord extérieur, analyse Atherton. C’est ce qui rend ce jeu si fascinant. »
Les observateurs saluent d’ailleurs la qualité des attaques modernes, capables de combiner outswing et wobble seam pour piéger les batteurs. Une stratégie payante, mais qui place Root dans une position inconfortable, entre deux feux. Joe Root, l’un des piliers de l’équipe d’Angleterre, devra trouver une solution pour sortir de cette impasse avant la prochaine série.




